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Politique de santé : l’urgence d’agir

5 Jun 2018

Alors que sont attendues avant l’été des annonces d’Emmanuel Macron relatives à la réforme du système de santé, Camille Villermé* (groupe de spécialistes et praticiens de la santé) réalise un bilan de la première année de la nouvelle majorité en ce domaine. Or pareil bilan se limite pour l’instant à des mesures de santé publique plutôt consensuelles, à quelques effets d’annonce et à deux rendez-vous d’ores et déjà gâchés : celui de la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour l’année 2018 et celui de la stratégie de transformation du système de santé, exposée par le Premier ministre le 13 février dernier.

 

Au demeurant, loin des ambitions affichées, le budget de la sécurité sociale pour 2018 marque de vrais reculs en matière d’accès aux soins, tandis que la politique du Gouvernement pour lutter contre les inégalités territoriales se révèle trop timide pour en espérer des effets concrets.

 

En effet, qu’il s’agisse de l’abandon de la généralisation du tiers payant, de la réorganisation des régimes de sécurité sociale, de l’accès aux soins des personnes en situation de précarité…, les déceptions se multiplient. S’y ajoute, un double discours concernant le financement des hôpitaux : le Gouvernement promet la remise en cause de la tarification à l’activité (T2A) et « aucune économie sur l’hôpital », mais confirme dans le même temps de nouvelles baisses de tarifs pour tous les établissements en 2018. Loin d’être guidée par une vision du service public de santé, cette stratégie répond à la seule recherche d’économies.

 

Sur le front des inégalités territoriales de santé, le groupe estime que le développement des maisons de santé pour répondre aux enjeux de la désertification de certains territoires en professionnels de santé constitue une réponse utile mais nettement insuffisante ; à l’inverse, le développement de la télémédecine pourrait améliorer la prise en charge des maladies chroniques, des personnes isolées ou de certains types de patients tels que les résidents des zones rurales, les citoyens ultramarins ou même les personnes détenues. Mais là encore, l’engagement du Gouvernement semble timoré.

 

La présente publication formule donc 10 préconisations tendant à promouvoir la mise en œuvre d’une politique de santé ambitieuse :

 

- Préconisation n°1 : publier un calendrier clair du report de la généralisation du tiers-payant, y compris concernant l’étude de faisabilité technique pour la part complémentaire. Établir un plan d’accompagnement ciblé des professionnels.

 

- Préconisation n°2 : la réorganisation des régimes de sécurité sociale doit s’accompagner d’un plan d’accès aux soins en direction des publics fragiles.

 

- Préconisation n°3 : les économies réalisées par la suppression du régime étudiant pourraient permettre un renforcement des politiques de prévention en direction de ce public, en s’appuyant sur les mutuelles étudiantes.

 

- Afin d’améliorer réellement la prise en charge des soins lunettes, prothèses auditives et dentaires, il conviendrait que le Gouvernement :

  • précise son projet ainsi que le calendrier de mise en œuvre et publie une étude d’impact sur les gains réels de cette réforme [Préconisation n°4].

  • mène une politique de baisse des prix afin de réduire le déficit de l’Assurance maladie. Les politiques d’achats groupés peuvent être menées, en ville, par le développement des réseaux de soins [Préconisation n°5].

  • favorise les soins préventifs qui évitent l'utilisation de dispositifs médicaux, notamment pour les soins dentaires [Préconisation n°6].

 

Préconisation n°7 : la stratégie de transformation du système de santé doit s’accompagner de l’ouverture de nouvelles négociations avec les syndicats de médecins dont le point de départ doit être la remise en question du paiement à l’acte.

 

Préconisation n°8 : l’introduction d’un minimum de contrainte dans la régulation de l’installation des praticiens doit être envisagée. La limitation du conventionnement pour certaines spécialités, dans les zones suffisamment dotées en praticiens, fournit un exemple de mesure allant dans ce sens.

 

Préconisation n°9 : les contraintes administratives et économiques à l’installation en libéral méritent un changement de méthode de la part des pouvoirs publics.

 

Préconisation n°10 : une augmentation des ressources affectées à la télémédecine est nécessaire afin de garantir que la substitution des consultations classiques par la télémédecine s'opère réellement au bénéfice des populations vivant dans les zones faiblement dotées en personnels médicaux et non au bénéfice d’une logique purement comptable.

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