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La polémique autour d’APB ou comment occulter l’indispensable débat sur l’orientation

 

 

Alors que Parcoursup, la nouvelle plateforme d’inscription dans l'enseignement supérieur, est mise en ligne ce lundi, Jérôme Ferrand-Ammar et Florian Turc analysent pour L’Hétairie les termes du débat sur l’orientation des étudiants, un débat simplifié à l’excès. Or, faire œuvre utile en matière de réforme de l’enseignement supérieur impose de poser au préalable les bons constats.

 

Les auteurs expliquent en premier lieu que la dualité entre filières sélectives et filières non-sélectives au niveau Bac+1 a été consacrée dès la loi de 1984 qui autorisait une filière ne pouvant matériellement pas accepter tous les étudiants candidats à opérer un choix parmi ceux-ci, à condition que ce choix ne soit pas motivé par le dossier scolaire. Confronté à un accroissement important du nombre de nouveaux inscrits dans le supérieur, ce système dual craque depuis trop longtemps.

 

J. Ferrand-Ammar et F. Turc rappellent ensuite que la procédure Admission Post-Bac (APB) a constitué un indéniable saut qualitatif dans l’inscription à l’Université : les algorithmes d’affectation utilisés visent alors à limiter l’injustice et l’arbitraire dans les procédures ainsi qu’à objectiver les choix.

 

Mais le principal grief légitimement formulé à l’encontre d’APB porte aujourd’hui sur la procédure de tirage au sort appliquée en dernier recours – et de façon très marginale (tout au plus 1% des nouveaux inscrits) – pour départager les candidats dans les filières en tension. Ce choix politique a été opéré en 2009 ; il est donc à porter au crédit de Frédérique Vidal d’avoir souhaité mettre réellement fin à cette pratique.

 

Seulement, on peut s’interroger sur le point de savoir si Parcoursup n’est pas un remède pire que le mal. En premier lieu, on peut craindre que cette nouvelle procédure cache une sélection déguisée : les Universités disposent de la possibilité de répondre « oui », « oui si » et « en attente » aux demandes des candidats. Le « oui si » doit permettre de leur proposer des parcours individualisés mais, sans les moyens associés nécessaires à la mise en œuvre de la réforme, le risque est grand que les Universités préfèrent les mettre « en attente ».

Ensuite, l’algorithme d’affectation de Parcousup lui-même soulève des interrogations : l’abandon du classement des vœux tel que prévu dans APB fait craindre que le nouveau système ne se transforme en une usine à gaz.

 

Enfin, les universités sont embarrassées par les éléments de cadrage national des attendus pour les mentions de licence : à la fois trop génériques pour faire office de filtres à l’entrée en Licence, et trop peu quantifiables pour pouvoir objectiver les choix, ils alourdiront en outre considérablement le travail des universitaires car l’analyse ne peut être automatisée.

En définitive, quel horizon dessiner ? Un rapide panorama des modes d’accès sélectifs au premier cycle universitaire dans le monde démontre que les éventuelles sélections reposent au moins en partie sur un système normalisé de comparaison des résultats des candidats. Dans ces conditions, redonner au baccalauréat un véritable rôle de sésame pour l’accès à l’enseignement supérieur semble plus important que de simplement renommer une plateforme informatique.

 

Dans le même ordre d’idée, les auteurs estiment qu’au lieu de se poser la question de comment mieux sélectionner les étudiants ou plus facilement limiter leur nombre, il faudrait se poser la question de comment mieux les orienter.

 

L’orientation doit être perçue comme un processus continu. Une meilleure orientation est sans doute le meilleur moyen de concilier exigence et massification de l’enseignement supérieur. Les auteurs formulent en ce sens une série de préconisations (création d’un service dédié, spécialisation des enseignants, sensibilisation et détection précoce, effort accentué dans le supérieur…).

 

Mais sans moyens, sans formation particulière des professeurs principaux et sans temps dégagé pour mener à bien cette mission, cela reste une gageure dont les principales victimes seront toujours les mêmes : les lycéens issus des milieux les moins favorisés et les moins informés.

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