Le groupe de Visegrád et la construction européenne : retour sur un malentendu

13 Jan 2020

Dans une Union Européenne qui s'interroge sur son avenir, sur sa stratégie face aux autres grandes puissances et sur la poursuite de son élargissement, le groupe de Visegrád ou V4 (République Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Pologne) constitue aujourd’hui un ensemble relativement homogène mais aussi largement eurosceptique. Dans cette note, Alexandre Riou, historien et chef du pôle Europe et Affaires Étrangères de l’Hétairie, revient sur les spécificités de ces Etats d’Europe centrale dont une meilleure compréhension permettrait assurément une cohésion renouvelée entre Etats-membres.

 

Lorsqu’en 1991, sur les ruines du bloc soviétique, ces 3 pays (puis 4 avec la partition de la Tchécoslovaquie en 1992) décident de se réunir dans une structure informelle, leurs objectifs sont alors de développer une plateforme de travail commune afin d’atteindre conjointement, d’une part les critères d’adhésion à l’OTAN et, d’autre part, les critères de convergence économique et démocratique en vue d’une adhésion à l’UE. Après leur intégration dans l’OTAN en 1999 puis leur entrée dans l’UE en 2004, les pays du V4 ont d’abord constitué des élèves modèles, notamment sur le plan économique avec un respect strict des critères de convergence (faible dette publique et déficit en deçà des 3% du PIB).

 

Pourtant tirés par une croissance économique forte, ces pays ont vu naître ces dernières années, un euroscepticisme de plus en plus marqué et dépassant de surcroît tous les clivages politiques. Cela tient en premier lieu à une glorification du passé national et de leur particularisme culturel face à une Europe perçue comme une menace aux valeurs traditionnelles. La rupture s’est notamment opérée lors de crise des migrants en 2015-2016, lorsque les pays du groupe de Visegrád se sont unanimement opposés à la répartition proposée par Bruxelles, dénonçant une forme de multiculturalisme étranger à leurs cultures nationales respectives.

 

Selon l'auteur, pour le bon fonctionnement de l’UE et pour dépasser ces blocages, il apparaît aujourd’hui nécessaire de dépolitiser la question nationale en s’attachant à respecter les particularismes nationaux de chacun et ses singularités culturelles. A. Riou propose ainsi d’éviter de tenir de jugements de valeur parfois brutaux et rédhibitoires à l’égard de conceptions divergentes notamment, à l’échelle du Parti Socialiste Européen, afin d’avancer ensemble sur le chemin de l’intégration européenne, dans le respect des individus et des peuples.

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