RSS Feed
  • Twitter Social Icon

Designed by

Quel avenir pour le franc CFA ? Redonner à l’Afrique francophone une souveraineté monétaire

 

 

 

 

Créé en 1945 pour mettre fin à la dualité de l’émission monétaire dans les colonies françaises d’Afrique à la suite de la guerre, le franc CFA repose sur quatre règles fondamentales qui n’ont depuis lors varié que dans leurs modalités d’application.

 

La prochaine réforme ne pourrait-elle pas consister dans la mise en place d'un véritable plan de transition vers un système monétaire libéré de la tutelle de l’ancienne puissance coloniale ? C’est la question posée pour L’Hétairie par Tido ADOKOU (juriste en régulation financière), Hamidou ANNE (doctorant en science politique, université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal)) et Vincent DUCHAUSSOY (historien, chercheur à l’université de Rouen).

 

Car les objections des économistes portent moins sur la symbolique supposément coloniale ou néocoloniale du franc CFA que sur l’architecture du système monétaire et son incapacité à permettre le développement économique des pays concernés.

 

Au demeurant, la durabilité et l’adaptabilité historique de ce système monétaire ne doivent pas masquer une caractéristique majeure qui tient à la nature même de la zone franc : le patronage d’une nation tierce sur laquelle elle repose lui impose en effet un caractère transitoire. À terme, les États membres de la zone franc ont vocation à disposer pleinement de leur souveraineté monétaire, que celle-ci s’exerce à l’échelle nationale ou à l’échelle régionale par le biais d’une union monétaire.

 

À l’approche de la réunion des ministres de la zone franc, qui aura lieu les 12 et 13 avril prochains à Brazzaville (Congo), il paraissait inconcevable que n’émergent pas des propositions d’évolution, tant au niveau de la structure de la coopération monétaire liant la France à ces États africains indépendants que de la gouvernance de la politique monétaire et des institutions financières faisant vivre quotidiennement la zone monétaire en activité la plus ancienne de la planète.

 

Quel que soit le vœu des dirigeants africains pour l’avenir à long terme des unions monétaires africaines, il n’y a aucune raison de penser qu’elles ne puissent faire l’objet d’un ajustement à court ou moyen terme. D’autant que les solutions ne manquent pas. Les trois auteurs en formulent une série, parmi lesquelles :

  • un changement de nom semble un élément, certes symbolique, mais indispensable à refondation de la monnaie ;

  • les réserves en devises des États africains, regroupées par la banque centrale régionale, pourraient être directement conservées par celle-ci sur un compte bloqué ;

  • la création de deux monnaies distinctes permettrait une meilleure identification des deux unions monétaires ;

  • une transparence accrue des opérations menées par la banque centrale ;

  • afin de doter la zone franc d’une politique monétaire plus souple, censée accompagner plus favorablement les États sur la voie de leur développement économique, il serait pertinent de substituer à l’euro un « panier » composé de différentes monnaies de référence internationale (euro, dollar, yen, éventuellement renminbi).

 

Quoi qu’il advienne, il s’avère urgent pour les économies du continent, et singulièrement pour celles qui composent aujourd’hui la zone franc, d’engager leur transformation profonde afin de les rendre moins dépendantes de l’extérieur et d’accélérer leur transformation en économies génératrices de valeur ajoutée.

Please reload