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Éléments pour participer au débat sur une autre politique des addictions

 

L’Hétairie souhaite nourrir le débat d’idées en publiant des contributions de sensibilités très différentes sur la même thématique. Après une note du policier Henri Mica* (« Dépénaliser l’usage du cannabis : nouvelle stratégie ou renoncement ? », note n°11), et de Danièle Jourdain-Menninger (« Drogues, la loi ne peut pas tout ! », note n°12), nous donnons la parole à Jean-Pierre Couteron et Nathalie Latour, respectivement président et déléguée générale de la Fédération Addiction.

 

Les deux auteurs déplorent que, dans la suite de la loi de 1970, articulant une prohibition de l’usage et une offre de soins, la politique française des addictions s’est enfermée dans l’illusion de pouvoir répondre à tout et à tous par les seuls soins ou par la seule loi pénale. De fait, la récente proposition de créer une amende forfaitaire interroge sur la difficulté à sortir de cette illusion d’une solution « pénale » de l’addiction. Elle témoigne du fait que la priorité reste donnée à cet axe, aux dépens de ce qui devrait être une réponse élargie, pour rencontrer plus tôt et plus vite l’ensemble des personnes concernées.

 

Selon J.-P. Couteron et N. Latour, l’objectif partagé devrait donc être de « mieux » et « plus vite » rencontrer les personnes usagères, pour leur apporter, selon les cas, des aides s’organisant entre réduction des risques, actions de prévention et accompagnement vers les soins. Pour cela, il faut sortir de la logique binaire « malade ou délinquant ».

Une première avancée serait de reconnaître l’existence de trois publics différents (usagers du cannabis thérapeutique, adultes, adolescents), ce qui permettrait de fractionner la réponse unique en trois stratégies.

 

Les auteurs plaident également pour une autre prévention. Car l’éducation ne peut se limiter à faire peur, au nom de la médecine ou de la loi, ou à informer, au nom de la science.  Ils prônent une stratégie d’action entre la prévention et l’accès aux soins, pour raccourcir autant que possible le délai entre l’apparition des premiers signes d’un trouble de l’usage et la mise en œuvre d’un accompagnement et de soins adaptés. Elle permet de mobiliser sur un plan large, dans une dynamique citoyenne et collective, pour aller au plus spécifique du travail pour les situations complexes.

 

Il faut donc faire converger quatre processus :

  • Informer sur les risques et dangers réels, des plus proches aux plus lointains dans le temps, des plus partagés aux plus spécifiques ;

  • Réduire l’accès aux substances, retarder et réduire le temps d’exposition, organiser la rencontre progressivement, au fur et à mesure de la maturation, par des mesures structurelles ;

  • Augmenter les compétences des jeunes et des familles, augmenter les alternatives et les choix par des mesures éducatives.

  • Anticiper les aides et les rencontres, plutôt que d'attendre la demande de soins, en s'appuyant sur les stratégies d'intervention précoce et de réduction de risques.

     

            D’une manière générale, mesures structurelles et mesures éducatives contribuent ensemble à retarder la précocité et à atténuer l’intensité des premiers usages, enjeu logique au regard des connaissances sur le cerveau adolescent.

 

            Enfin, les auteurs estiment que, sans mise à jour du cadre légal, les évolutions, amorcées et positives, resteront fragiles : plus que l’amende forfaitaire, ils attendent une vraie politique de régulation des usages de substances psychoactives.

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