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L'exercice du pouvoir selon Emmanuel Macron : la défaite du politique face à un présidentialisme technocratique

7 Sep 2017

 

 

 

 

Plus qu’aucun de ses prédécesseurs au cours des trois dernières décennies, et sans doute édifié par leurs errements, Emmanuel Macron a pensé l’exercice du pouvoir et institué cette réflexion en préalable de son action.

Au-delà de la symbolique accumulation de signes extérieurs de « présidentialité », il a méthodiquement posé les jalons d’un présidentialisme absolu qui se préoccupe du détail et du quotidien. En connaisseur des rouages essentiels de l’Etat, il a en effet créé les conditions pour exercer une autorité sans bornes, loin des rodomontades de Nicolas Sarkozy.

Dans cette perspective, le nouveau chef de l’Etat peut bien sûr compter sur une majorité inexpérimentée et disciplinée (d’aucuns diraient docile), mais il a surtout servi sa volonté en offrant une extraordinaire délégation de pouvoir à une technocratie désormais affranchie de toute contrainte. Le pouvoir est donc exercé sans la nécessaire contrepartie d’une responsabilité politique tant par le Président de la République que par ceux qu’il considère comme ses féaux, les directeurs d’administration centrale. 

Ainsi, assiste-t-on à un transfert de pouvoir des ministres vers leurs directeurs d’administration centrale tant en raison de l’élagage subi par les cabinets ministériels que de la relation nouée directement par l’Elysée avec ces hauts fonctionnaires.

 

Or ce projet répond à une vision dépréciative du politique – qui a certes failli – tandis qu’elle sublime une technocratie pourtant co-responsable des échecs passés et trop souvent recroquevillée sur elle-même.

Les premiers résultats de cette réorganisation ne sont d’ailleurs pas à la hauteur des attentes et soulignent avec acuité l’équilibre qui aurait dû être respecté et renforcé entre les fonctions politiques des ministres dans la définition des réformes et celles de conseil et d’exécution assumées par les administrations.

Sur le long terme, les équilibres institutionnels de la Cinquième République pourraient en être profondément modifiés et tirer le régime vers une caricature de lui-même. En somme, c’est le processus démocratique lui-même qui s’abîme en raison soit de la déconsidération dont le frappent nos concitoyens, soit des dérèglements durables qui procèdent de ces innovations.

 

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