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Drogues, la loi ne peut pas tout!

 

L’Hétairie souhaite nourrir le débat d’idées en publiant des contributions de sensibilités très différentes sur la même thématique. Après une note du policier Henri Mica* (« Dépénaliser l’usage du cannabis : nouvelle stratégie ou renoncement ? », note n°11), nous donnons la parole à Danièle Jourdain-Menninger, ancienne présidente de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).

 

Cette dernière déplore le fait qu’on aborde la question des drogues uniquement sous l’angle pénal, comme c’est le cas des dernières annonces du Gouvernement Philippe. De fait, elle insiste pour replacer cette politique publique dans son contexte : les consommations de drogues illicites sont importantes (mais on ne saurait parler d’explosion), la politique pénale s’avère inefficace, les nouvelles méthodes de prévention insuffisamment soutenues, et on n’a jamais constaté de corrélation entre vigueur de la sanction et importance des consommations.

 

En outre, une politique publique raisonnée se doit d’aborder cette question, non sous le seul angle du cannabis, ou des drogues illicites, mais en considérant l’ensemble des conduites addictives.

 

Danièle Jourdain-Menninger examine également le bilan des expériences de légalisation du cannabis qui s’avère mitigé ; en effet, si l'initiative a contribué à la diminution du trafic (par définition, puisque l’usage n’est plus réprimé), et qu’elle n’a pas accru la consommation des mineurs (pas de vente autorisée aux mineurs), elle a en revanche augmenté la consommation des jeunes adultes en raison d’un accès facile et désinhibé ainsi que favorisé un transfert de la consommation du tabac vers celle du cannabis.

 

L’autrice met plutôt en avant le cas – trentenaire - du Portugal où l’usager arrêté en raison d’une possession de drogue pour usage personnel est soumis à un avertissement, une amende ou à un passage devant une commission composée d’un médecin, d’un avocat et d’un travailleur social, qui l’oriente vers les programmes d’aide. L’approche ne relève donc pas du seul encadrement par la loi, mais s’inscrit dans un vaste programme d’aide. La décriminalisation de l’usage de stupéfiants, le renoncement à tout jugement moral et médical ont conduit à une nette amélioration du bilan sanitaire.

 

Concernant , les récentes annonces du Gouvernement sur l’évolution de la politique pénale, elles ne répondront pas mieux à l’inefficacité constatée de cette politique : la responsabilité a en effet été confiée au ministre de l’Intérieur qui privilégie une approche gestionnaire devant uniquement aboutir à un allègement du travail des forces de police et de gendarmerie, sans qu’à aucun moment cette réforme ne s’inscrive dans le cadre d’une approche globale et intégrée associant prévention, santé publique et lutte contre trafic. Au final, on ne peut qu’aboutir à conforter l’impasse qui est la nôtre.

 

Et c’est précisément parce que personne ne nie les effets nocifs du cannabis que Danièle Jourdain-Menninger insiste sur le caractère stratégique des politiques de prévention adaptées. Trop souvent, ces politiques se résument à des campagnes de communication, onéreuses et dont l’impact s’avère souvent faible voire contre-productif quand elles sont ciblées sur la dangerosité des produits.

 

Or, les méthodes aujourd’hui scientifiquement validées ne s’appuient plus (ou ne devraient plus s’appuyer) sur les produits, mais sur les comportements, les conduites addictives. Les programmes fructueux sont ceux qui portent sur le développement des compétences psychosociales, reposent sur la prévention par les pairs et sur des approches bienveillantes, et non punitives.

 

Ces politiques de prévention devraient concerner le milieu professionnel, l’université et l’éducation nationale. Dans ce cadre, l’autrice estime qu’il serait par exemple opportun de réfléchir à la création et à la diffusion d’un répertoire national des programmes de prévention évalués pour mutualiser les expériences et servir de référence et d’appui dans les régions, pour les établissements scolaires, et pour tous les lieux fréquentés par les jeunes.

 

Un véritable nouveau paradigme dans la politique des drogues consisterait à faire de la prévention des conduites addictives un enjeu de mobilisation de l’ensemble de la société, avec les moyens budgétaires adéquats.

 

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