Colorer la ville : pour un regard politique sur la couleur

Lorsque l’on parle d’aménagement du territoire, la couleur est en partie délaissée, repoussée dans le champ de l’esthétique pure, ou dans celui du convenu. Pourtant de par son caractère relativement peu onéreux et potentiellement révolutionnaire, elle est un levier à considérer. Objet technique sous-utilisé, elle est chargée d’une dimension politique forte notamment parce qu’elle discrimine des espaces et des usages. Elle est également l’un des aspects permettant d’adapter les villes aux contraintes et emballements climatiques en cours ou à venir.

Dans cette publication, Jean Leviste, diplômé de l'Université Paris 1 et de l'Essec, formule 8 propositions pour mettre la couleur au service des politiques publiques municipales, qu'il s'agisse de lutter contre les dérèglements climatiques, d'urbanisme ou de cohésion sociale.


La couleur au service du climat

[Préconisation n°1] : Prendre en compte l’effet microclimatique de la couleur dans les stratégies de préservation du confort thermique de l’habitat, et de réduction de la consommation énergétique, en particulier grâce à l’utilisation de surfaces réflectives.

[Préconisation n°1 bis] : Traiter les façades avec l’utilisation de revêtements colorés qui possèdent une réflectivité importante.

[Préconisation n°1 ter] Travailler sur l’application d’une couleur réfléchissante sur les toits ou, à défaut, sélectionner les matériaux de couverture lors des constructions/rénovations en fonction de leur albédo.

[Préconisation n°1 quater] : Recouvrir l’asphalte par un enrobé bitumeux comportant des éléments colorés.

La couleur au service des citoyens

[Préconisation n°2] : Utiliser la couleur pour agir positivement sur le confort et le bien-être de l’usager de l’espace public.

[Préconisation n° 2 bis] : Traiter prioritairement les zones nouvellement aménagées, souvent dépourvues de repères.

[Préconisation n°3] : Agir sur la couleur dans le cadre des politiques urbaines en faveur de la marche comme mode de déplacement.

[Préconisation n°4] : Utiliser la couleur pour remodeler et sécuriser l’espace public (exemple de l’urbanisme tactique).

[Préconisation n°5] : Utiliser la couleur comme un instrument d'inclusion et d'identification de l’espace public.

[Préconisation n°6] : Accompagner la mise en valeur des aménités urbaines par la couleur et permettre la distinction des fonctions de l’espace public au bénéfice d’activités sociales, de mode de déplacement économes, ou d’usagers plus vulnérables.

[Préconisation n°7] : Une planification colorimétrique doit nécessairement comporter un volet social prenant en compte les préférences de la population.

[Préconisation n°8] : Penser la couleur à l’échelle municipale c’est opérer une triple opération critique :

· S’assurer que la mise en avant du levier colorimétrique ne sous-tende pas de mécanismes de prédation à même de confisquer la ville à quiconque l’occupait ou l’arpentait auparavant.

· Faire en sorte que, lorsque la couleur est mobilisée pour agencer l’espace public, elle le soit au bénéficie des plus vulnérables (enfants, personnes âgées, femmes, sans-domicile fixe, etc.).

S’assurer que les mécanismes qui président à sa gouvernance s’exercent à l’aune des principes démocratiques.



Note 80 couleur ville
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