Jair Bolsonaro, la crise du coronavirus et le chaos institutionnel au Brésil

11 Jun 2020

Alors que le Brésil s’enfonce avec Jair Bolsonaro dans un affaiblissement progressif de sa démocratie, Emmanuele de Maupeou, maitre de conférences en histoire à l’université de Rouen Normandie, pose dans cette note un constat simple : la crise du coronavirus, loin d’avoir favorisé la concorde nationale, a renforcé au contraire la polarisation politique et sociale du pays obligeant son Président à accentuer son comportement autoritaire et clivant pour masquer sa gestion sanitaire désastreuse.

 

Bolsonaro s’est ainsi opposé très rapidement aux gouverneurs et maires afin de briser les mesures locales de confinement ou de distanciation sociale provoquant le départ de deux ministres de la Santé en quelques semaines. Puis, Bolsonaro s’est défait de son très populaire -- et potentiel rival -- ministre de la Justice Sérgio Moro afin de reprendre la main sur la police fédérale dont les enquêtes commencent à l'atteindre. Dans ce contexte, la Cour suprême s’est peu à peu imposée comme un garde-fou majeur imposant plusieurs revers au chef de l’exécutif. En multipliant les attaques, le Président marque son désir de transférer toutes les responsabilités de la crise sanitaire et économique à d’autres responsables politiques.

 

Parallèlement à l’incapacité du pouvoir à gérer l’épidémie, ces nombreux scandales politiques ont remanié la liste des soutiens au régime Bolsonaro. Si ce dernier a perdu des alliés au centre et dans les médias, il peut encore compter sur les milieux évangéliques, une majorité du secteur économique défavorable au confinement et à une large partie de l’armée. Omniprésentes dans le gouvernement Bolsonaro (10 des 22 ministres sont aujourd’hui des militaires), les forces armées ont pris dernièrement de plus en plus leurs distances avec le pouvoir en place laissant entrevoir la possibilité d’une intervention plongeant ainsi le pays dans un chaos institutionnel.

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