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Jupiter ou Eole, dieu du vent ? La communication d’Emmanuel Macron

1 Jan 2018

Au lendemain des premiers vœux présidentiels d’Emmanuel Macron, Pierre-Emmanuel GUIGO, spécialiste de communication politique, livre une analyse détaillée des stratégies de communication à la fois du candidat à la présidence de la République et du nouveau chef de l’Etat.

 

Pour l’auteur, la communication est omniprésente dans l’ascension politique d’Emmanuel Macron, tant lors de son passage au ministère de l’Economie – où la loi qui porte son nom va lui permettre d’accroître sa visibilité et de lui donner une identité politique propre – qu’au cours de la campagne présidentielle.

 

Pendant cette dernière, il s’entoure de brillants conseillers en communication, utilise des techniques modernes de marketing électoral et s’avère omniprésent dans les médias. Par ailleurs, il n’hésite pas à s’emparer des deux tendances de fond de la médiatisation politique : la peopolisation et l’infotainment. D’ailleurs, ces stratégies « américanisées » se déclineront également lors des élections législatives.

 

Une fois élu, ce candidat si loquace s’est pourtant transformé en muet du sérail : souhaitant prendre le contrepied de François Hollande, Emmanuel Macron a tenté de renouer avec un style présidentiel plus « jupitérien » ou « mitterrandien », qui suppose une parole rare mais remarquée chaque fois qu’elle s’exprime, doublée d’un soin accru prêté à la mise en scène.

 

Cette vision quelque peu archaïque des relations entre médias et politique a toutefois rapidement laissé le champ libre à de nouveaux acteurs médiatiques et à quelques polémiques (limogeage du général de Villiers, baisse de 5 euros des allocations logement, suppression de l’ISF, statut de la première dame). Cela aurait pu être contrebalancé par l’entourage du Président ou l’équipe ministérielle, mais en choisissant des ministres aux profils techniques, E. Macron s’est privé de cette possibilité.

 

Surtout, on peut se demander si un tel positionnement est encore conforme à la manière dont les Français perçoivent la fonction présidentielle : si ses deux prédécesseurs ont été emportés dans un tourbillon de proximité, n’est-ce pas là le signe que cette dynamique est incontournable ? De fait, l’image de représentant d’une élite déconnectée de la vie quotidienne des Français commence à coller à la peau d’Emmanuel Macron.

 

Au demeurant, la stratégie de communication qui aurait pu aider Emmanuel Macron à corriger cette image négative ne porte que partiellement ses fruits. Car le chef de l’Etat multiplie les propos méprisants à l’égard de ceux qui contestent ses réformes ; propos qui, en apparence décalés, répondent en réalité à des stratégies finement ciselées dans un monde politique où la parole est particulièrement contrôlée. Loin d’un dérapage à l’égard de ceux qui s’opposent à ses réformes, on peut au contraire y déceler une stratégie délibérée visant à conforter l’électorat de droite au sein duquel le chef de l’Etat est majoritaire.

 

En définitive, il est difficile de dégager un vrai style de communication macronien tant il en change. Rocard avant-hier, Mitterrand hier, Emmanuel Macron a peut-être désormais trouvé son nouveau modèle : l’outrecuidance de Nicolas Sarkozy.

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